Eh oui, je l'avoue, moi aussi j'ai aimé...
TWILIGHT
Ma fille aînée avait reçu pour Noël les deux premiers tomes de cette saga. Après l'avoir feuilletée elle l'a reposée sans être enthousiasmée: "bof, ça ne me dit rien".
Au club lecture, mes copines l'avaient dévorée et ne tarissaient pas d'éloges. Piquée par la curiosité, je me suis donc décidée à percer le secret de ce phénomène.
J'ai ouvert le premier tome, remplie d'à priori, évidement négatifs (comment un livre qui a été autant plébiscité par un nombre incalculable de jeunes filles à peine pubères dénuées de sens
critique, pourrait il être à la hauteur de son succès, forcément ce devait être un coup marketing). Bref, forte de ma suffisance, je me suis donc penchée avec circonspection sur
Fascination.
Les cinquante premières pages n'ont rien fait pour chasser mes préjugés: un style d'écriture à "l'américaine" avec pléthore de description des gestes quotidiens du genre: J'ouvre la porte du frigo.
Je prends un steak et le mets dans la poêle... Bref, un peu longuet le début. Et puis, tout à coup... Révélation, fascination (pour le coup voilà un titre qui colle à la réalité), impossible de
décrocher. Lecture jusqu'à 4 heures du mat'. Obsession.
Quatre tomes plus tard, et 2421 pages (eh oui quand même), j'ai fait le point.
Comment, moi, Virginie, 40 ans (bon ça va, no comment svp), mère de famille, ai-je pu tomber dans ce chaudron pour adolescents boutonneux (y a des garçons qui le lisent aussi)?
La réponse est dans l'efficacité de la narration.
Analysons un peu:
1- le narrateur parle à la première personne. "Je" permet une identification immédiate au personnage. Encore faut il que celui ci corresponde peu ou prou à ce que l'on est (j'ai eu beaucoup de mal
avec "
L'accro du shopping"dont la personnalité m'était trés éloignée) et ça c'est la deuxième force de ces livres,
2- la pauvreté de la description des personnages: pas ou peu de signes physiques clairs. On sait qu'il est beau, magnifique et a le teint blanc (il faudrait vérifier si cette saga remporte le
même succès dans les pays à majorité ethnique de couleur?) et qu'elle est... totalement insignifiante. L'archétype du
3- roman "arlequin": un homme (bien que ne parraissant que 17 ans, il en a quand même presque 100, il a la maturité d'un homme et non d'un adolescent) riche, beau, une jeune fille sans relief. La
bergère et le seigneur. Cela fait des siècles que la recette existe et qu'elle fonctionne: jouer sur le différentiel social.
4- un personnage qui pourrait être chacun d'entre nous, très ordinaire, se retrouve dans une situation extra-ordinaire. On en a tous rêvé: sortir de notre petit quotidien pour vivre une
aventure d'où on sortirait évidement grandi. Et ça c'est le dernier point:
5- le récit initiatique. N'oublions pas le public cible: les jeunes ado et adultes. Ils peuvent reconnaître en cette saga leur propre parcours passant de l'enfance-ado à l'âge adulte
(elle finit mère, bon à 18 ans, ce n'est peut-être pas un exemple à suivre), les plus âgés se replongent avec délices dans leurs premiers émois.
Bref tout ça pour dire que cette saga n'est pas aussi anodine qu'elle en a l'air.
Une collègue qui ne partageait pas mon enthousiasme m'a objecté certains points: c'est mal écrit, il n'y a pas de style et l'histoire ne tient pas debout.
A cela j'ai répondu: le style est le reflet d'une jeune fille de 17 ans qui s'exprime dans son langage, cela peut être un parti pris de l'auteur, cela dit, il est vrai que le premier tome n'est pas
très bien écrit. On y retrouve un vocabulaire assez faible (marmoréen est répété toutes les deux pages, mais il faut avouer que c'est plus "classieux" que "blanc comme un cul", oups, je
dérape), mais bon la narratrice n'est pas non plus la meilleure élève.
Quant qu'à l'histoire qui ne tient pas debout... je trouve qu'il serait bien dommage qu'elle tînt debout justement. La lecture n'est elle pas à l'instar du cinéma, une échappatoire au
quotidien, une façon de vivre par procuration des aventures extraordinaires? Je rappellerai seulement que pléthore (je sais que je me répète mais j'aime bien ce mot) d'oeuvres littéraires n'ont
rien à voir avec le réel et je ne parlerai même pas des contes de fées!
Donc si vous ne les avez pas encore dévorés, pour cet été, pensez Twilignt. Vous n'en sortirez pas indemne...
Sur ce, je prends quelques jours de congés. Je serai de retour vers le 15 août avec beaucoup de lecture dans ma besace.
Pour info j'emporte dans ma valise le dernier Musso et un Fred Vargas, je ne pense pas que cela suffira, je me ravitaillerai en route!
En attendant de vous retrouver, je vous souhaite d'agréables lectures de vacances.
vhs